Isa Masson
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Coordonnées 409

Uploaded 18 mai 2018

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près de La Hutte, Wallonia (Belgique)

Situé sur la ligne du front de 14-18 au Sud du saillant d'Ypres, et moins connu que ce secteur, celui de Ploegsteert, est truffé de traces de la guerre encore apparentes.  C'est une des rares portions du territoire wallon marquée durablement par les combats de la Première Guerre mondiale. C'est entre la fin de 1914 et le début de 1915 que les affrontements les plus violents ont eu lieu dans ce secteur, ce qui explique qu'on y trouve de nombreux cimetières britanniques. Cette promenade permet aussi de découvrir les traces des explosions de mines du 7 juin 1917, marquant le début de la bataille de Messines.
Sur les territoires de Warneton et de Ploegsteert, les seules communes de Comines-Warneton à ne pas avoir été entièrement occupées par les Allemands durant toute la guerre, on trouve 20 cimetières militaires britanniques qui regroupent près de 6 000 tombes de soldats du Commonwealth. Le Hyde Park Corner (Royal Berks) Cemetery tient son nom d'un emplacement londonien célèbre. Les soldats britanniques ont aussi rebaptisé de noms de rues ou de places londoniennes divers sentiers parcourant le bois du Gheer, tout proche.  Dans ce cimetière commencé en avril 1915 par le Royal Berkshire Regiment repose le soldat French, tué à l’âge de 16 ans. En arrière-plan, on distingue le Mont de la Hutte et ses abris. Dans le versant sud de cette colline, la 1stAustralian Tunnling Company creusa un ensemble de galeries souterraines, aussi vaste qu’un terrain de football. Ces galeries surnommées The Catacombs ou Hill 63 dugouts ou Wallangara pouvaient abriter quelque 1200 hommes. Elles ne sont plus accessibles. Le sommet de la colline est toujours parcouru par un chemin au dénivelé important qui permettait aux troupes britanniques de relier le quartier de la Hutte au sommet de la colline.  Afin de le rendre plus accessible, les soldats l’avaient consolidé de blocs de béton de même forme et de mêmes dimensions, placés horizontalement comme les marches d’un escalier. Empruntez ce chemin pour arriver au prochain indice !
Au sommet du Mont de la Hutte surgissent les ruines du château Breuvart détruit peu après le début des hostilités, en 1915.  Cette riche demeure, résidence secondaire d’une importante famille d’industriels armentiérois, servit de poste d’observation à l’armée britannique. Aujourd'hui encore, le Mont de la Hutte (Hill 63, en langage militaire de l'époque, c'est à dire la colline à l'altitude de 63 mètres) offre une situation d'observation idéale : tournez-vous vers le Sud, et laissez votre regard plonger vers la vallée de la Douve, remonter la crête de Messines et découvre le Parc de la Paix, sa tour irlandaise et l’église Saint-Nicolas de Messines. Plus loin se profilent Wulvergem et les Monts de Flandre. La crête de Messines et les différents points culminants du Saillant d’Ypres seront des objectifs majeurs pour les forces belligérantes. Dirigez- vous vers la grand-route vers Messines, toute proche.
Des arbres poussent à nouveau le long de cette route stratégique. De nombreux écrits livrent des observations de l’évolution du paysage et de la nature sur le front. Les arbres, en particulier, tels des mutilés de guerre, focalisent souvent l’attention des observateurs. « Les grands peupliers de bordure sont fracassés, les troncs déchiquetés ; à un endroit, c'est une colonnade énorme d'arbres cassés. Puis, nous accompagnant de chaque côté, dans l'ombre, on aperçoit des fantômes nabots d'arbres, fendus en palmiers ou tout bousillés et embrouillés en charpie de bois, en ficelle, repliés sur eux-mêmes et comme agenouillés. », écrit Henri Barbusse, dans « Le Feu » (Editions Flammarion, Paris, 1915). Dans le paysage alentours, au cours de la promenade, vous verrez de nombreux saules têtards. Ce type d'arbre était présent sur le territoire durant la guerre. Comme les saules têtards sont souvent creux, certains d'entre eux ont servi d'observatoires pour les soldats. Les britanniques quant à eux étaient passés maîtres dans l'art de fabriquer de faux arbres, qu'ils déplaçaient pour que leurs observateurs puissent s'y camoufler... Traversez prudemment la route et dirigez-vous vers le hameau de Saint-Yvon.
Les environs du Prowse Point Cemetery ont bien changé depuis le début du centenaire. Le monument inauguré en 2014 par l’UEFA laisse croire qu’un match de foot aurait été joué là lors des fraternisations entre Allemands et Britanniques de Noël 1914. En réalité, non seulement l’endroit de la trêve se trouve plus loin, mais le fait que les belligérants des 2 camps aient shooté dans le même ballon reste un sujet très polémique. Des tranchées de reconstitution ont aussi été creusées juste à côté du monument. En septembre 2015, ce décor a été « complété » par un bunker anglais déménagé d’un terrain où il gênait un agriculteur… La mémoire et le folklore font ici bon ménage, et continuent de modifier le paysage.
De part et d’autre de la route de la Riche rue, on peut apercevoir les cratères Ultimo et Factory Farm, issus tous deux des explosions de mine qui ouvrirent la seconde bataille de Messines, le 7 juin 1917… Quelques milliers de soldats allemands furent tués lors de l’explosion de 19 mines, le 7 juin 1917.  La déflagration, ressentie jusqu’à Londres, fut assourdissante et les dégâts considérables. Le sol s’ouvrit et d’énormes cratères formèrent de profonds entonnoirs. En 1918, le peintre britannique Charles Bryant réalise ce tableau représentant le cratère Ultimo. Le trou est alors déjà bien rempli d'eau. Dans la région, la plupart des cratères de mines ont été comblés après la guerre.  Ceux-ci ont par contre été conservés et servent d'abreuvoir pour les troupeaux des éleveurs locaux. La bataille de Messines a laissé d'autres traces dans la région. Alors qu'elle devait débuter par l’explosion de 24 mines, pour des raisons stratégiques, 19 d’entre elles seulement furent mises à feu, et les charges explosives restantes ne furent pas retirées à l’issue du conflit.  Lors d’un orage, le 17 juillet 1955, la foudre s’abattit sur un pylône et provoqua l’explosion de l’une de ces mines, chemin des Loups à Warneton. Retournez sur vos pas jusqu'au cimetière de Prowse Point, puis prenez le chemin forestier sur votre gauche.
Vous voilà dans le « Plugstreet wood ». Ploegsteert est un toponyme que les soldats du Commonwealth prononçaient avec difficulté... Bien vite Ploegsteert est devenu pour eux Plugstreet. Dès les premiers jours de la guerre, la dénomination des chemins et des allées dans les bois de Ploegsteert ainsi que des bâtiments environnants fut modifiée par le London Rifle Brigade.  Ces soldats britanniques connaissant très peu la langue française attribuèrent des noms essentiellement londoniens aux différents lieux.  Ce moyen leur permit de communiquer aisément et de désigner l’ensemble des positions britanniques et allemandes.  Ainsi, les troupes préparant une attaque pouvaient s’assurer que l’artillerie, le soutien logistique, l’intendance, le personnel médical, l’aviation… connaissaient la position exacte de la cible.
De part et d'autre des chemins qui traverse le bois de Ploegsteert, on peut, avec un peu d'attention, apercevoir de nombreux abris. Pour la plupart inaccessibles, ils marquent les lignes de défense britanniques.  Certains servaient de postes d’observation avancés, d’infirmeries, de postes de secours, d’autres étaient destinés à abriter des groupes électrogènes, des stations de pompage, des centrales téléphoniques et électriques ou encore des munitions.  Les abris à meurtrières étaient conçus pour recevoir des mitrailleuses et des snipers. Aujourd'hui très difficiles à repérer à l'oeil nu, car ayant subi l'érosion et étant recouvertes de végétation, des restes de tranchées subsistent aussi dans cette zone. Visibles sur des photos aériennes prises lors de missions de reconnaissance entre 1915 et 1918, leurs tracés se révèlent aujourd'hui aux historiens et archéologues grâce au nouveau système de prospection aérienne LiDAR, un radar aérien qui permet de déceler les différences de niveau de sol sous la végétation.

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