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près de Stadtzentrum, Canarias (España)

Positions relevées chaque jour à 18 H TU
Fin 2005, je suis rentré de ma traversée de l'Atlantique sur Pen Duick VI des Îles du Cap Vert à Rio de Janeiro, tellement emballé que je ne rêvais plus que de refaire une nouvelle grande traversée océanique. D'autant que j'allais avoir bientôt du temps puisque la retraite se profilait pour fin juin 2006...
À l'occasion d'un des week-ends à rallonge du mois de Mai, j'ai suivi un stage d'électricité organisé par STW dans ma bonne ville de Nantes. Parmi les stagiaires, Jean, belge, notaire en retraite, marin expérimenté, venait d'acquérir un nouveau bateau, Osiris un catamaran de 42 pieds, avec lequel il projetait de rejoindre les Antilles par étapes avec deux de ses amis, mais il souhaitait aussi compléter son équipage pour la traversée de l'Atlantique des Canaries à la Guadeloupe. Nous nous sommes mis d'accord et je lui ai présenté la candidature de Didier, mon complice dans plusieurs aventures à terre ou sur l’eau. Étienne, autre stagiaire de ce stage d'électricité a complété l'équipe.

Christian
http://parcourirlemonde.eklablog.fr

♦♦♦♦
J-03 ~ Mercredi 3 janvier
Après un vol depuis Lyon, j'ai retrouvé Étienne, l'un de mes équipiers, à Madrid et nous avons voyagé ensemble vers Las Palmas où, à notre arrivée au milieu de la matinée, Jean nous attendait avec une petite voiture de location. Un peu plus tard, nous retrouvions le reste de l'équipe à bord d'Osiris. Je découvre ce joli bateau, pas bien grand (un peu plus de 12 mètres) mais super équipé tant pour la navigation (système GPS, radar, téléphone satellite Iridium, etc.) que pour la cuisine (réfrigérateur, congélateur et four) tous grands consommateurs d'énergie et donc nécessitant génératrice et large panneau solaire.
L'après-midi s'est passé en bricolages divers et en une première séance d'approvisionnement dans un supermarché avec notamment un nombre impressionnant de packs de bouteilles d'eau.

J-02 ~ Jeudi 4 janvier
Quel plaisir d'être ici sous un soleil généreux alors qu'en France, ce sont les frimas de l'hiver... L'après-midi est consacré à changer la grand voile, remplaçant l'ancienne par une nouvelle, sortie tout droit de la voilerie. Également essai et installation d'un beau gennaker tout neuf.

J-01 ~ Vendredi 5 janvier
Ce matin, 2ème séance d'approvisionnement avec, cette fois, les produits frais. Nous avons passé ensuite la seconde partie de la journée à tout mettre en place...

J01 ~ Samedi 6 janvier
Nous quittons les pontons de la marina peu avant 7 h alors que le soleil tente de percer entre quelques nuages. Pour rejoindre les Antilles, il nous reste 2'682 milles nautiques à courir...
Nous longeons la côte Est de Gran Canaria, le vent est léger, il n'y a pas grand chose à faire alors on s'installe : lecture, bronzage, un peu de navigation : Osiris est équipé d'un pilote de barre automatique mais, il dispose de deux barres franches et c'est un plaisir de désactiver le pilote et barrer cette bête, si docile. À l'approche de la nuit Jean organise les quarts. Pour cette première nuit, il fera le premier quart, ensuite ce sera mon tour, puis Didier, etc. Son organisation est d'ailleurs curieuse puisque la première heure de mon quart se fait en double avec Jean, je suis seul lors de ma deuxième heure puis je passe ma troisième heure avec Didier équipier montant. Chaque jour nous décalons pour que les mauvaises heures ne tombent pas toujours sur les mêmes ! Chaque nuit, même cérémonial, Jean me réveille, je le rejoins alors qu'il est installé devant la table de bord jetant de temps à autre un œil sur les instruments de bord, sur l'ordinateur couplé au radar signalant la proximité d'un éventuel cargo. Le plus souvent, il écoute de la musique, lui et moi sommes de la génération ABBA et je prends plaisir à réécouter les succès du groupe suédois. Nous discutons de tout et de rien, puis son quart terminé il va se coucher me laissant seul. De temps à autre, je sors dans le cockpit jeter un coup d'œil pour voir si tout est en ordre, si le vent ne se renforce pas ou s'il ne change pas de direction. Je plonge le nez dans un bouquin... À la fin de ma seconde heure de quart, je vais réveiller Didier et cette dernière heure se passe aussi tranquillement que la première...

J02 ~ Dimanche 7 janvier
Au lever du jour, le vent est soutenu et on avance bon train. Mais nous avons un problème avec le générateur qui ne fonctionne pas correctement. Ce n'est pas nouveau paraît-il puisque Jean l'avait fait contrôler déjà à Brest et à Lanzarote. Très ennuyeux ça car c'est notre autonomie en énergie électrique qui se trouve réduite. Il est donc décidé de rejoindre le petit port de Puerto Colón sur l'île de Tenerife, une quarantaine de milles dans notre Nord. Il faut naviguer au près, ça tape mais je suis surpris de constater qu'à cette allure peu propice aux catamarans, Osiris se comporte bien ! Nous atteignons Puerto Colón peu avant 11 h. Via la capitainerie du port, rendez-vous est pris avec un électricien spécialiste bateau pour le lendemain matin. Après-midi de farniente car à Puerto Colón, horrible station balnéaire, il n'y a vraiment rien à voir. Soirée dans restaurant proche offerte par le skipper.

J03 ~ Lundi 8 janvier 107+ km au point de 18 h TU
À 9 h, notre spécialiste est à bord pour le contrôle du générateur, une ou deux pièces sont changées et peu après 14 h, nous quittons les Canaries.
Mer belle, vent léger, si léger qu'en début de soirée nous avons hissé le gennaker qui sera remplacé par un foc durant la nuit, prudence oblige. La nuit sera calme, le ciel étoilé à souhait.

J04 ~ Mardi 9 janvier 127 nm parcourus au point de 18 h TU
Le vent est toujours aussi léger et la journée se passera sous gennaker alors que l'équipe tranquillement installée dans le cockpit, c'est la grande décontraction. Apéritif avant chaque repas et si tous nous donnons la main pour les préparer, c'est Willy qui se charge de la fonction de cook où il fait montre d'un talent exceptionnel !
Tiens, c'est curieux, nous faisons cap à l'ouest (plus exactement ouest-quart sud-ouest). Curieux car depuis plusieurs siècles, des générations de marins ont appris que, pour rejoindre les Caraïbes, la meilleure navigation consiste à longer les côtes de l'Afrique, donc faire cap au sud-ouest jusqu'à venir toucher l'archipel des îles du Cap-Vert avant de partir plein ouest, en suivant les alizés. La bible des tourdumondistes « Routes de grandes croisières » de Jimmy Cornwell, le rappelle. Mais Jean a fait une traversée de l'Atlantique l'année précédente comme équipier sur un grand catamaran et son skipper avait fait route directe effectuant la traversée en 9 jours. On en profite pour ouvrir des paris, celui qui aura trouvé le nombre exact de jours pour notre traversée aura droit à un repas offert par les perdants. Les paris se sont étalés entre 12 et 17 jours, pour ma part, j'ai avancé 15 jours.

J05 ~ Mercredi 10 janvier 153 nm parcourus au point de 18 h TU
Ciel d’azur avec sa ration de cumulus pommelés mais nous nous traînons.

J06 ~ Jeudi 11 janvier 61 nm parcourus au point de 18 h TU
Ciel parfois couvert de nuages bas et à d’autres moments, un joli bleu d’azur, la mer est un peu plus agitée mais le vent reste faible et nous n'avançons guère. Pour passer le temps, nous installons les cannes à pêche et peu après 14 h, Étienne et moi sortons au même moment deux superbes dorades coryphènes. Elles termineront dans la poêle en filets et cru en carpaccio.

J07 ~ Vendredi 12 janvier 73 nm parcourus au point de 18 h TU
Ciel bleu avec sa cohorte de cumulus pommelés si typiques des alizés. À bord, c'est toujours la décontraction, la bulle au soleil. Notre faible vitesse de progression a entraîné une discussion et notre skipper convient que son choix de cap à l'ouest n'est peut-être pas le meilleur, il modifie notre cap pour un bon sud-ouest. Mais nous sommes maintenant un peu loin dans l'ouest pour vraiment bénéficier à plein de l'alizé, ici l'alizé est beaucoup plus inconstant et faible. Maintenant comme dit le proverbe « le vin est tiré, il faut le boire »...
En fin d'après-midi, nous croisons notre premier grain, le vent monte rapidement en force et il pleut des cataractes, il y en aura bien d'autres...

J08 ~ Samedi 13 janvier 103 nm parcourus au point de 18 h TU
Notre cap au sud-ouest nous a permis d'accélérer un peu notre allure. Les matinées et débuts d'après-midis sont toujours superbes, puis les nuages commencent à arriver et les grains viennent en soirées. À la suite d'un grain un peu plus fort, cette nuit, début de déchirure sur la grand voile, ce matin, j'ai été jouer au couturier.
Une bande de dauphins est venue nous saluer peu avant le repas de midi, pris assez tard, quel spectacle !

J09 ~ Dimanche 14 janvier 126 nm parcourus au point de 18 h TU
Navigation sous spinnaker toute la journée et notre progression a été meilleure.

J10 ~ Lundi 15 janvier 152 nm parcourus au point de 18 h TU
Journée identique aux précédentes. À 12 h, j'ai péché ma seconde daurade coryphène.

J11 ~ Mardi 16 janvier 132 nm parcourus au point de 18 h TU
Nous faisons par moments des pointes à plus de 10 nœuds, mais ça ne dure guère...

J12 ~ Mercredi 17 janvier 108 nm parcourus au point de 18 h TU
Mer un peu plus forte en fin de matinée, nous naviguons sous GV et foc N°1 puis dès que l’alizé faiblit remettons le spinnaker que nous aurons un peu de mal à rentrer avant la nuit alors que le vent a forci.

J13 ~ Jeudi 18 janvier 129 nm parcourus au point de 18 h TU
Nous avons passé un bon moment à mettre de l'ordre dans le spinnaker que nous avions dû ramener un peu n'importe comment hier soir. À midi, Jean a débouché une bouteille de Freixenet, un vin mousseux catalan, car nous avons franchi le cap des 1'000 nautiques restant à courir pour la traversée.
Lecture, sieste, tentative de pêche... Nous naviguons toujours sous spinnaker.

J14 ~ Vendredi 19 janvier 145 nm parcourus au point de 18 h TU
Aujourd'hui, toujours cap à l'ouest, sous gennaker avec une vitesse moyenne de 6 nœuds, ce qui serait plutôt bien pour un quillard, mais reste faible quoi qu'acceptable pour un catamaran.

J15 & 16 ~ Samedi 20 janvier - Dimanche 21 janvier 63 nm et 80 nm parcourus au point de 18 h TU
Nous nous traînons de nouveau, toujours cap à l'ouest... Il faudrait descendre de quelques degrés en latitude pour trouver un alizé plus soutenu et plus régulier.

J17 ~ Lundi 22 janvier 64 nm parcourus au point de 18 h TU
Il fait très beau, mais nous n'avançons plus, moins de 3 nœuds à l'heure sur les dernières 24 heures ! À midi, toutes voiles abattues, l'équipage s'est baigné ... avec plusieurs milliers de mètres sous les pieds !

J18 à J21 ~ Mardi 23 - Mercredi 24 - Jeudi 25 - Vendredi 26 janvier Respectivement 77 - 80 - 104 - 85 nm parcourus aux points de 18 h TU
Le capt'ain a choisi de descendre dans le sud ces derniers jours, peut-être finirons nous par retrouver un alizé plus conséquent ?
Le 24, visite d'un cétacé, qui nous a suivi pendant plusieurs heures.
Le 25, j'ai à nouveau péché une coryphène.

J22 & J 23 ~ Samedi 27 - Dimanche 28 janvier Respectivement 115 - 121 nm parcourus aux points de 18 h TU
Nous avons retrouvé des vitesses plus acceptables avec une moyenne tournant autour de 5 nœuds.
Le 27, c'est un très beau thazard que j'ai péché lors de la méridienne.

J24 ~ Lundi 29 janvier 135 nm parcourus au point de 18 h TU

24ème jour de mer, le plus pessimiste d'entre nous avait parié pour une traversée en 17 jours! Le pari est considéré comme perdu par tous. Nous commençons à rationner l'eau potable.
Aujourd'hui, nous ne sommes plus qu'à 500 nautiques de l'arrivée, aussi nous fêtons dignement ce cap avec une nouvelle bouteille de Freixenet.
Et dans l'après-midi, c'est un thon que je ramène à bord!

J25 ~ J26 Mardi 30 & Mercredi 31 Janvier Respectivement 127 & 114 nm parcourus aux points de 18 h
Le 31, c'est un gros, un très gros poisson qui est venu nous rendre visite dans la nuit, en fait un cétacé. Au jour, il est toujours là, probablement un cachalot, plus long que le bateau qu'il pourrait détruire si l'envie lui en prenait (c'est arrivé à quelques navigateurs). Présence un peu inquiétante, il nous a suivi jusqu'au milieu de la journée.

J27 ~ Jeudi 1er février 88 nm parcourus au point de 18 h TU
Nous ne sommes plus très loin de la Guadeloupe. On continue de traîner à guère plus de 3,5 nœuds ! Toujours cap à l'ouest... Et dans la soirée, dernier coucher de soleil de cette traversée.

J28 ~ Vendredi 2 février
Dans la nuit, nous avons croisé un bateau de pêche, le premier rencontré depuis notre départ des Canaries. Peu après l'aube, l'ile de la Désirade apparaît dans un grain, la Guadeloupe est en vue. À 9 h, nous passons devant Sainte-Anne et peu après 9 h 30, nous entrons dans la marina du Bas-du-Fort, la traversée est bouclée, nous avons battu un record ... de lenteur : il était temps d'arriver, nous n'avions plus qu'une journée de vivres, presque plus d'eau ni de gazole indispensable pour recharger les batteries !
Le ty punch est servi alors que Jean se confond en excuses. Il reconnait avoir été têtu en maintenant envers et contre tout un cap à l’ouest au lieu de suivre la route classique.
Qu'importe, ce fut une belle aventure dans une chaude ambiance de camaraderie. Merci Jean!

Christian
http://parcourir-le-monde.com

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1 comment

  • benardA 20 déc. 2017

    bravo avoir supporté cette lenteur est remarquable ,mais au final on s appercoit que c est cela la sagesse je vous souhaite d autres traversées toujours differentes les unes des autres
    andre
    2017

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