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85,28 km

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près de Saint-Dalmas-de-Tende, Provence-Alpes-Côte d'Azur (France)

Col de Tende & Route du sel
(fait en VTT avec cadre suspendu... ce qui n'était pas un luxe !)
Un itinéraire copieux, entre France et Italie, combinant la montée du col de Tende (avec ses fameux lacets) et la Route du Sel, Piste de l'Amitié, Piste du Marguareis ou Route militaire Mussolini, selon ses appellations diverses !

La majeure partie du circuit est sur piste (pas de sentier). Seuls sont asphaltés le début de la montée du Col de Tende (~16 premiers km depuis Saint-Dalmas-de-Tende) et la fin de la descente (~7 derniers km à partir de Notre-Dame-des-Fontaines). Quant au reste du circuit, techniquement c'est une piste intégralement praticable en 4x4 (mais j'en ai vu très peu car son accès est réglementé) à l'exception d'un passage bloqué par les éboulements à la fin de la montée du Col de Tende, ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle est "facile" pour un VTT. La piste est souvent "empierrée", ce qui peut s'avérer assez pénible (surtout quand elle est jonchée de pierres libres). Mais les paysages en valent la peine...

Pour la partie sur piste (~62km) : descriptif avec les numéros des "balises de randonnée", très pratiques pour éviter de se tromper, sur le site du département des Alpes Maritimes (itinéraire #31: "Traversée du Marguareis").

Départ depuis Saint-Dalmas-de-Tende, tôt le matin, qui a failli ne pas avoir lieu : croyant bien faire, j'avais attaché le vélo dans la voiture à l'aide des ceintures de sécurité... et l'une d'entre elles s'est bloquée. Il n'y avait plus assez de mou pour me permettre de le sortir ! J'étais prêt à réveiller des riverains pour leur demander un couteau (j'avais malheureusement laissé mon Opinel au gîte) afin de trancher cette maudite ceinture. Je suis finalement parvenu à m'en sortir, mais c'était très limite...
(bref, le grand classique du sale truc qui rend fou juste au moment de partir)

Le début de la route, en remontant la vallée de la Roya jusqu'au tunnel, n'est pas la partie la plus agréable à cause de la circulation mais, de bon matin, ça restait raisonnable et supportable. La température, par contre, l'était moins : c'est descendu jusqu'à 2°C (d'après le GPS) avant que je ne sois à portée des rayons du soleil, qui m'ont fait gagner 10° d'un coup ! De manière générale, il aura fallu souvent ajuster le nombre de couches de vêtements pendant la journée, en fonction de l'altitude et de l'exposition au soleil...
Nb: En ce qui concerne le trafic, je serais moins optimiste au sujet de la fin de journée... quand je suis rentré en voiture, il y avait une quantité effrayante de psychopathes du volant sur cette route ! Immatriculés aussi bien en Italie qu'en France ou à Monaco... la connerie ne connait pas les frontières.

A l'approche du tunnel, circulation alternée (j'ai dû patienter un peu). En tant que "perfectionniste de trace GPS", j'aurais sans doute pu ajouter quelques lacets supplémentaires en "sortant" plus tôt (au "pont de Caramagne" d'après la carte) et en prenant le probable début de l'ancienne route avant de reprendre brièvement la nouvelle, mais avec le froid et la circulation j'ai eu la flemme de sortir la carte pour vérifier que c'était à cet endroit que commençait ce petit bout de route (en supposant qu'il soit permis de l'emprunter). Tant pis ! Peu avant le tunnel, on peut enfin quitter définitivement la circulation et prendre la vieille route... à nous la nature. On n'en apprécie que mieux sa tranquillité... quel contraste !

Combien de lacets ?
Un ouvrier italien qui bossait sur le chantier m'a dit qu'il y avait 52 lacets, mais ça dépend à partir de quel endroit on compte ! Depuis cette "sortie" peu avant le tunnel (début de la route tranquille), ils sont numérotés (chiffres peints sur des cailloux) et ça va jusqu'à #46... mais il y en a quelques-uns avant (+7 ou +8 par la route principale... +16 par l'ancienne route). La route est correctement asphaltée jusqu'au lacet #30... après, c'est de la piste. Spectaculaires, ces lacets ! Je n'ai malheureusement pas réussi à en faire une belle photo à cause du contre-jour du soleil rasant du matin... dommage !
(ah si seulement j'avais eu un drone avec moi !)

Le(s) tunnel(s)
Construit par l'Italie entre 1878 et 1882 (les 2 côtés du tunnel sont alors situés dans le jeune royaume d'Italie) après plusieurs tentatives infructueuses au cours des siècles précédents, il fut le plus long (3.2km) tunnel routier des Alpes jusqu'en 1964 (alors battu par celui du Grand Saint-Bernard, lui-même battu par celui du Mont-Blanc l'année suivante). Le tunnel ferroviaire est creusé entre 1889 et 1898. Des travaux sont en cours pour "doubler" le tunnel routier (si je comprends bien, il n'était plus aux normes pour une circulation bidirectionnelle)... ce qui n'est pas sans conséquence pour l'environnement dans la vallée de la Roya... d'où l'inscription "des trains oui, des camions non" observée le matin !
Nb: Je n'ai pas vu de migrants, mais d'après ce qu'on m'a dit, des "passeurs" profitaient de la situation pour s'en mettre plein les poches...
(j'ai d'ailleurs pu constater que la police procédait à des contrôles en conduisant vers Sospel le lendemain)


Au Col de Tende (1871m), vue sur le val Vermenagna au nord (bassin versant du Pô) et carrefour entre plusieurs pistes : à l'Ouest ça rejoint le Fort Marguerite puis les "baisses" de Peyrefique et d'Ourme (autre itinéraire VTT possible qui rejoint Tende), à l'Est ça descend vers Limone-Piemonte (en longeant dans un premier temps la frontière) ou ça monte vers le Fort Central (c'est là qu'on va). Il y a également quelques pancartes, un petit oratoire et une borne-frontière de 1947. Attardons-nous sur l'histoire de la route et de la frontière car c'est assez compliqué !

Du sel à l'amitié, en passant par la guerre
Dès l'antiquité, la vallée de la Roya est empruntée pour le transport de diverses marchandises. Un réseau de pistes est déjà bien établi au moyen-âge, notamment pour le transport du sel (notons qu'il existe une multitude de "routes du sel" dans le monde !). Mais avec la cession du comté de Nice à la France en 1860 (celui-ci faisait alors partie du royaume de Piémont-Sardaigne ou Etats de Savoie) lors de la naissance du royaume d'Italie, cette route commerciale va présenter un intérêt stratégique sur plan militaire. Napoléon III contribue à la création de ce nouveau pays, y trouvant son intérêt dans l'affaiblissement de l'Autriche-Hongrie, et c'est le roi de Sardaigne, Victor-Emmanuel II, qui devient roi d'Italie (c'est en son honneur que sera édifiée la fameuse "machine à écrire" de Rome !). En contrepartie, la France récupère le comté de Nice à l'exception de quelques territoires, dont les villes de Tende et de La Brigue (officiellement pour que le nouveau souverain conserve ses terrains de chasse). Tout cela a donné une frontière assez étrange, ne suivant pas du tout la ligne de crête. La confiance inspirée par Napoléon III devait être toutefois limitée car les italiens ont rapidement bâti (chantier terminé en 1885) une série de fortifications (dont le Fort Central évoqué ci-dessus) de leur côté de la frontière (frontière... de l'époque ! vous suivez toujours ? je vous avais prévenu que c'était compliqué !). Sous Mussolini, routes et fortifications ont été réaménagées pour faire partie du mur alpin occidendal (la "ligne Maginot italienne")... d'où le nom de "route Mussolini" parfois employé ! A la fin de la IIème guerre mondiale, la France récupère ces derniers morceaux de comté de Nice et les fortifications se retrouvent côté français. Aujourd'hui, le projet transfrontalier de réhabilitation de cette voie de communication lui vaut également le nom (officieux ?) de "Route de l'Amitié" (du moins pour une partie de la route).

Mais revenons au vélo : on est aussi là pour faire un peu de sport.

Après l'imposant Fort Central, duquel on commence à apercevoir le majestueux Mont Viso, plus proche que de grands massifs enneigés (Mont-Blanc ? Mont-Rose ?), on va entamer la montée du Col de Campanin (2124m) (en passant par des terminus de télésiège). Pas si longue, mais sacrément raide et peu confortable ! Ensuite, direction le Col de la Perle (2086m) puis, après un spectaculaire virage en épingle à cheveux au dessus d'un à-pic, le Col de la Boaïra (2102m). Pas mal de névés et de flaques gelées sur les parties exposées nord. Ambiance très sauvage, peu d'êtres humains à signaler (mais curieusement, pas de marmottes non plus... pas le moindre cri à signaler pendant tout le circuit !). On traverse alors le massif karstique du Marguareis et ses paysages très "minéraux" avec, d'après la carte, de nombreux gouffres qui raviront les spéléologues. Pause "pique-nique" à la frontière au Col des Seigneurs (2111m), juste au dessus du Rifugio Don Barbera. Passage en Italie et nouvelle montée, vers le point culminant de l'itinéraire (en contournant la Cime de Pertègue) avant de redescendre vers le Col de la Celle Vieille (2099m). On jette un coup d’œil en France, mais on reste côté italien...

Long passage dans une forêt de mélèzes : la piste était tellement couverte d'aiguilles que les pneus en sont devenus orange ! D'après la carte, on tangente la frontière entre Piémont et Ligurie. On arrive ensuite à une bifurcation où on prend/monte à droite.

Itinéraire alternatif (nettement plus long)
En prenant à gauche, il serait possible de faire une longue boucle supplémentaire qui descend vers Monesi et le Colle San Bernardo di Mendatica (1262m) avant de remonter vers l'intrigant col-tunnel del Garezzo (1793m) puis de retrouver le pas de Colle Ardente en passant un tunnel de 500m !
(si j'en avais connu l'existence, je serais quand même allé voir à quoi ça ressemble depuis le Pas de Colle Ardente !)

En ce qui me concerne, l'horloge tournant et les journées n'étant pas très longues fin octobre, j'ai sagement suivi les instructions de l'itinéraire #31, et je suis monté vers le Pas du Tanarel (2045m). Sur le chemin, une nouvelle bifurcation avec une belle borne à l'ancienne : elle nous indique, sur la gauche, la piste (que nous ne prendrons pas) qui mène au Mont Saccarel (point triple France-Piémont-Ligurie) dont un des pics secondaires est coiffé d'un Christ rédempteur. Au Pas du Tanarel, on redescend en France, par une piste assez ignoble, en passant par le Col de la Larée (1956m), jusqu'au Pas de Colle Ardente (1599m), théâtre d'affrontements sanglants entre trouples révolutionnaires françaises et austro-sardes, en 1793-1794. On longe ensuite la frontière, en passant brièvement en Ligurie, jusqu'à la Baisse de Sanson (1694m), où on va repasser définitivement en France.

On continue à descendre mais ça prend un certain temps, et le jour décline peu à peu. On passe le Col Linaire (1440m) puis, à l’intersection un peu plus loin, on prend à droite vers la chapelle de Notre-Dame-des-Fontaines (avec semble-t-il de jolies fresques) par le vallon de Madone (mais à gauche ça marche aussi, par le vallon du Ru Sec : "tous les chemins mènent à La Brigue" ?), où on retrouve (enfin) l'asphalte, après plus de 60km sur piste ! Juste avant La Brigue, le long de la Levensa, on passe à côté d'un moulin à eau, d'un ancien four à chaux et d'un rucher.


Un itinéraire bien exigeant... et "usant" ! J'avais l'impression d'avoir les épaules en compote avec les descentes (ça ne laissera finalement aucune trace le lendemain). Attention car c'est quand même long... et fin octobre, les journées sont courtes ! De plus, on traverse des zones d'altitude peu fréquentées... mais c'est ça qui nous permet de respirer de l'air pur, de voir des paysages très sauvages et d'éprouver une grande sensation de liberté !

Mercantour 2016, 1/2: Col de Tende et Route du Sel
Mercantour 2016, 2/2: Col de Turini et Circuit de l'Authion

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